à propos de citations et de Mots à maux

EN 1999, Pierre Tévanian, philosophe et Sylvie Tissot, sociologue, publient Mots à maux , dictionnaire sur la lepénisation des esprits. A partir d’un corpus de discours politiques et médiatiques sur l’immigration, les auteurs y analysent l’usage des mots récurrents, en démontrent la portée et nous alertent sur les choix politiques qu’ils présupposent. Dès la lecture des premières pages, je décide d’écrire une pièce qui sera une composition, un croisement entre des citations et mon écriture. Je me procure les sources des auteurs puis, entre autres, l’intégralité des débats qui ont eu lieu à l’Assemblée Nationale et au Sénat en 1998, lors du vote de la loi Réséda portant sur l’entrée et le séjour des étrangers en France, proposée par M. Chevènement.  Ce que je lis provoque mon écriture qui, elle, tente de décaler les discours, de redonner du souffle. Cette interactivité est source autant que sujet de la pièce: l’empreinte dans les discours de présupposés idéologiques, la construction par la langue de données censées lui préexister. J’ai cherché à relier ce dont il s’agit à ce qui nous agit. Recréer des liens là où ils ont été « atomisés », faire parler les corps. Euphémismes devient, dès lors, une réflexion sur la place que notre société fait à l’autre, l‘autre entendu cette fois-ci comme nous tous, symbole de cohésion de notre société, l’autre comme unique protagoniste de la pièce, sa substance qui, Journée après Journée, se décompose.

Elsa Ménard.

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